NUCLéAIRE: CES DOSSIERS QUE LE PROCHAIN GOUVERNEMENT DEVRA TRANCHER

Entre le scrutin européen et les élections législatives, l'énergie a occupé une place de premier plan dans le débat public des dernières semaines. C'est dans ce contexte politique particulièrement mouvementé que l'EPR de Flamanville va être mis en service. Une piqûre de rappel sur les importantes échéances auxquelles est confrontée la filière nucléaire dans les années à venir. Et qui nécessiteront des décisions claires de la part du prochain gouvernement alors que les positions des différentes formations politiques sur l'atome peuvent diverger, y compris au sein des alliances.

"On a quand même beaucoup parlé d'énergie dans cette campagne", relèvait Nicolas Goldberg sur le plateau de Good Morning Business mercredi 10 juillet." On a parlé des factures et c'est déterminant car il y a énormément d'investissements à faire sur le système électrique, dans les réseaux, le nucléaire, l'éolien offshore et les autres renouvelables."

Selon l'expert en énergie de Colombus Consulting, la question du mode de financement sera donc centrale pour garantir un prix de l'électricité compétitif aussi bien aux clients résidentiels que professionnels, notamment les industriels.

Divergences au sein du Nouveau Front populaire

Dans cette optique, le nucléaire constitue un levier majeur sur lequel la future équipe gouvernementale devra fixer un cap: poursuivre la relance de l'atome entamée par Emmanuel Macron ces dernières années ou alors rompre avec cette stratégie.

Nicolas Goldberg observe ainsi des approches opposées parmi les forces du Nouveau Front populaire, arrivé en tête au second tour du scrutin législatif dimanche soir: "Marine Tondelier (secrétaire générale des Écologistes) avait dit qu'elle ne toucherait pas au parc nucléaire existant mais que ce serait plus compliqué pour le nouveau nucléaire. Il est clair et net que La France insoumise et les écologistes ne voteront pas des subventions pour le nouveau nucléaire."

"Le Parti communiste et les socialistes pourraient se laisser convaincre donc ça va beaucoup dépendre de la nouvelle coalition mais ça ne va pas se lancer tout de suite", analyse-t-il.

Face à une Assemblée nationale divisée, le consultant appelle à hiérarchiser les décisions par ordre de priorité. "Sur le parc existant, le grand carrénage, les prolongations, il n'y a pas besoin de décision donc ça va continuer", indique-t-il.

Sur une éventuelle extension du parc, en revanche, il y a un sujet. "Pour construire, on a besoin d'une décision et d'un plan de financement et il faut avancer là-dessus. Pour se déployer, le nouveau nucléaire a besoin d'un contrat pour différence, c'est-à-dire un prix de l'électricité garanti comme pour les renouvelables et d'une avance remboursable pour faire diminuer le coût du capital et garder un chantier compétitif."

À ce sujet, Nicolas Goldberg se réjouit de la posture ouverte récemment adoptée par le député socialiste Boris Vallaud lors du grand oral des représentants des principaux partis devant le patronat.

Qui pour défendre le nucléaire français à Bruxelles?

S'il estime que cette période de flottement politique n'est pas de nature à entraver les études de design et les réflexions sur le financement des nouveaux réacteurs, Nicolas Goldberg s'interroge toutefois sur la représentation de l'Hexagone à l'échelle européenne.

"Qui sera le ministre en charge de l'énergie? On a vu par le passé que les intentions du ministre en charge comptaient énormément", rappelle-t-il en référence à l'implication d'Agnès Pannier-Runacher.

En pleine crise énergétique, la ministre avait promu les intérêts de la France et de sa filière nucléaire au sein de l'Union européenne, notamment dans le cadre des négociations pour la réforme du marché de l'électricité.

Enfin, le spécialiste de l'énergie du cabinet Colombus Consulting considère qu'un sujet fait "encore moins consensus que la construction des réacteurs nucléaires" mais nécessite tout autant une prise de décision rapide: la gestion des combustibles usés.

"Il y a beaucoup de sujets autour du retraitement du combustible", souligne-t-il. "Est-ce qu'on augmente le retraitement du combustible pour être plus indépendant des importations étrangères? Est-ce qu'on se rend plus indépendant sur l'uranium de retraitement qui est actuellement envoyé en Russie pour être renvoyé chez nous? Là, on a besoin de décisions et d'investissements publics."

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